Harcèlement & Voyeurisme dans le Basket Suisse: la semaine de l’enfer

La planète Swiss Basketball connaît depuis plusieurs jours une période bien trouble après les récents témoignages sortis dans la presse faisant part d’affaires d’harcèlement moral à Elfic Fribourg et de voyeurisme au sein de la sélection nationale suisse.

Plus d’une semaine après, la Fédération s’est enfin exprimée officiellement sur la question avec un communiqué de presse que l’on qualifiera de laconique.

Retour sur cette semaine de l’enfer traversée par le Basketball suisse.

Le Basketball n’échappe pas à la vague de scandales venus secouer le monde du sport suisse (© Swiss Basketball)

Tout démarrait donc vendredi dernier (19 Novembre) par la parution dans le quotidien La Liberté d’une longue enquête relatant des témoignages poignants d’anciennes joueuses d’Elfic Fribourg (& de l’académie du club) faisant part d´un supposé harcèlement psychologique subi par leur entraineur de l’époque et actuel coach du club, Romain Gaspoz.

Parmis ces témoignages, certains sont anonymes mais d’autres joueuses comme Lara Thalmann, Marina Lugt ou encore Ludivine Tissot ont décidé de témoigner à visage découvert sur l’harcèlement subi lors de leur passage au sein du club fribourgeois.

Défendu publiquement par sa direction dans la foulée, Romain Gaspoz se retrouvait donc au centre de la tempête quelques mois seulement après avoir été érigé en héros suite à la saison exceptionnelle du club fribourgeois. (Triplé en Suisse & ¼ de Finale en Coupe d’Europe).


Devant cette libération de la parole initiée dans les colonnes de La Liberté, nos confrères tessinois de la RSI se sont également penchés sur la question avec une enquête qui fait froid dans le dos comportant entre autres des témoignages faisant part de voyeurisme au sein d’équipes nationales jeunes féminines datant d’une dizaine d’années en arrière.


Dans les faits, une ancienne promesse du basket suisse et joueuse de l’équipe nationale jeune déclare que son entraîneur d’antan « ouvrait la porte de la douche, comme il le faisait souvent et [les] regardait toutes nues. Il pouvait alors rester devant nous plus de 30 à 40 secondes à nous reluquer»

Face à ce témoignage saisissant et à charge contre Swiss Basketball, la RSI a pu corroborer ce dernier par d’autres récits d’anciennes joueuses qui préfèrent pour l’instant garder l’anonymat.


L’inaction inacceptable de la Fédération

La RSI va plus loin dans ses révélations en nous informant que la joueuse en question avait signalé ces comportements inappropriés au responsable des équipes nationales de jeunes, qui, par la suite, a déclaré à la RSI avoir signalé de tels agissements au comité directeur de la fédération suisse de basketball sans qu’aucune mesure ne soit prisel.

Le point commun que l’on peut trouver entre ces affaires réside clairement dans l’inaction et l’absence d’interventionnisme de la part de la fédération, comme le lamentent toutes les victimes présumées.


«Ces sombres affaires sont tombées dans l’oreille d’un sourd et le pire dans l’histoire, c’est que le coach en question soit resté en place comme si rien ne s’était passé les années suivantes » peut-on entendre dans le témoignage de l’ancienne joueuse désabusée par la situation.


Face à ces accusations, le vice-président de la Fédération, Claudio Franscella, reconnaissait au micro de la RSI que l’écoute avait fait défaut au sein de l’organe supérieur du basketball helvétique qui s’inscrit aujourd’hui dans la ligne directrice voulue par Swiss Olympic après le nombres de scandales à répétition qui se sont succédés dans le sport suisse en commençant par l’affaire des gymnastes de Macolin.


Dans ce sens, Swiss Olympic a d’ailleurs réagi en mettant en place un service indépendant dénommé « Swiss Sport Integrity » qui verra le jour début 2022 et auquel les sportives et sportifs (indépendamment de leur discipline) pourront envoyer leur rapport et ainsi dénoncer toute forme d’harcèlement ou d’agissement inapproprié.


Une réaction timide de Swiss Basketball

Face à cette tempête qui s’est abattue sur la planète Swiss Basket, la fédération a enfin daigné réagir officiellement ce vendredi 26 novembre à travers un communiqué de presse concis faisant référence au «Gaspoz Gate» frappant le club fribourgeois sans pour autant mentionner clairement les faits gravissimes révélés par la RSI.


La Fédération a ainsi annoncé qu’elle mettrait sur pied un groupe de travail chargé de « mettre en place un certain nombre d’actions liées au renforcement de l’intégrité et de l’éthique dans le basketball suisse.

Ce groupe de travail rencontrera les joueuses de basketball qui ont témoigné ainsi que les dirigeants, le coach, d’anciennes joueuses et les joueuses actuelles d’Elfic Fribourg. »

À noter que ledit groupe de travail œuvrera « dans un esprit constructif et non accusateur » selon le communiqué de presse.


Devant ces déclarations, on ne peut que lamenter l’absence d’une commission d’enquête diligentée par Swiss Basketball afin de faire la lumière sur ces sombres affaires qui viennent frapper le basketball suisse, d’autant plus quand des accusations de voyeurisme sur de jeunes filles mineures sont au centre des débats.


Il aurait été sage également d’entendre le Président de la Fédération, Giancarlo Sergi, sur les révélations de la RSI extrêmement incriminantes envers Swiss Basketball et sa direction d’antan, mais nous savons que ce dernier a refusé toute demande d’interview cette semaine. On peut également penser que ce dernier attend d'avoir à sa connaissance plus d'éléments, ce qui est tout à fait compréhensible, mais il aurait sans doute était vu d'un bon oeil -qu'en tant que représentant imminent de la fédération- il l'annonce publiquement.

Swiss Basketball se retrouve donc en première ligne face à des affaires, qui se sont déroulées certes il y a une dizaine d’années, mais qui auraient été étouffées par les dirigeants de la Fédération alors en poste.

Cette complaisance des responsables de l’époque se devait d’être dénoncée à notre humble avis, compte tenu des accusations gravissimes qui pèsent aujourd’hui sur la Fédération.


Quoi qu’il en soit, le Basketball Suisse se retrouve désormais face à un défi de taille afin de tirer les enseignements et les leçons de ces tristes affaires et ainsi mettre en place les divers instruments nécessaires afin d’écouter, protéger et orienter les victimes de ce genres d’agissements.

Il ne faut pas également sous-estimer l’importance de mieux former celles et ceux qui accompagnent au quotidien nos jeunes talents afin de prévenir tout genre de comportement abusif.


La libération de la parole dans le milieu du sport a permis de mettre fin à l’omerta pouvant exister autour de tels sujets. Place désormais à la nécessaire recherche de vérité afin de tirer toutes les conclusions nécessaires pour rendre justice à celles et ceux qui ont vécu toutes ces souffrances.


On espère dès lors que Swiss Basketball saura faire preuve d’exemplarité qu’elle n’a malheureusement pas eu par le passé.

Cela serait la moindre des choses en hommage à toutes ces victimes laissées sur le bas-côté…

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