• David Pinto

LCM Enquête : Divorce en vue entre Swiss Basket et le corps arbitral ?

A la veille de l’Assemblée annuelle de Swiss Basketball, un petit tremblement de terre est venu secouer le microcosme suisse sur fond de pressions de dirigeants, de polémique autour du camp arbitral et d’irrégularités juridiques.

L'impartialité des arbitres est remise en question par SWB (© Swiss Basket)

Mercredi 1er Juin 2021, Fribourg Olympic remportait son 19ème titre de champion et clôturait cette superbe saison de SBL.

Les vacances se profilaient légèrement mais c’était sans compter sur le document que s’est procuré Le Cinq Majeur, quelques jours plus tard et qui nous a littéralement fait bondir de nos chaises.


Ce courrier d’avocat représentant les intérêts de quinze arbitres de Swiss Basketball League, et adressé à l’encontre du Conseil d’Administration de la fédération vient jeter un climat glacial dans les relations entre SWB & le corps arbitral et de surcroît susciter une vague d’indignations sans précédent.


Face à cette situation, Le Cinq Majeur souhaite rester impartial sur les questions d’ordre juridique concernant cette affaire et se prononcera uniquement sur l’aspect sportif de la question et de ses potentielles répercussions.


La Genèse de l'affaire


Revenons donc sur l'origine de cette affaire qui remonte à la 25ème journée de SBL, en avril dernier et qui voyait Massagno affronter Fribourg sur le parquet de Nosedo.

Un des arbitres de la rencontre, Davide Balletta fut victime pendant le match d’insultes violentes et virulentes de la part d’un spectateur présent ce soir-là en tribunes (malgré le huis-clos…), qu’il retranscrivit dans son rapport d’après-match qui entraina l’ouverture d’une procédure disciplinaire par le Juge Unique contre le club tessinois.

Massagno prenait alors position sur le rapport de l’arbitre en demandant l’ouverture d’une procédure, mais à l’encontre de l’arbitre en question.

Trois jours plus tard, la sanction tombait et le Président de la chambre disciplinaire sanctionnait le club tessinois et rejetait bien évidemment sa requête.


On pensait donc le problème clos, d’autant plus que Davide Balletta avait entre-temps été désigné pour arbitrer une rencontre de Massagno en playoffs durant laquelle les Tessinois s’étaient imposés et qualifiés pour les demis- finales.


Mais c’était sans compter sur la bombe à retardement du conseil d’administration de la fédération, qui par le biais d’Erik Lehmann prenait la décision suivante :


« Lorsqu’une procédure disciplinaire est en cours, dans laquelle un arbitre est impliqué, notamment à travers un rapport d’arbitre qui aurait initié la procédure disciplinaire, ce même arbitre ne peut pas être désigné pour siffler cette même équipe durant la durée de la procédure, période de recours incluse ».


Cette décision faisait l’effet d’un coup de tonnerre puisqu’elle suspendait et sanctionnait l’arbitre en question dans un premier temps, mais elle ouvrait surtout de potentielles dérives de par le précédent qu’elle créait.


Une décision polémique et illégale ?


Et c’est notamment sur ce point que se base l’accusation du représentant des arbitres qui, de plus, remet en question la légalité de cette décision si polémique et incompréhensible.

Dans les faits, les quinze arbitres de SBL reprochent au Conseil d’Administration d’être passé outre les attributions du Président de la chambre disciplinaire (qui siège en qualité du juge unique), seul compétent pour prononcer une sanction disciplinaire à l’encontre d’un arbitre ou tout autre licencié de SWB.


Face à ces accusations dont nous laisserons les autorités compétentes comme seules juges, nous déplorons cependant certains points concernant cette affaire somme toute assez fâcheuse pour le basket suisse.


Premièrement, et c’est la raison principale de ce papier : ce précédent pourrait, selon nous, être véritablement une boîte de pandore que la fédération s’apprête à ouvrir.

Cette décision, de par le timing et son contenu, peut clairement laisser paraître être le fruit de certaines pressions de la part de clubs et il est n’est pas surprenant qu’elle ait générer un terrible climat d’instabilité sur l’ensemble du corps arbitral.


Des dérives graves possibles


Jugez-donc, cette fameuse décision du conseil d'Administration ouvrirait ainsi la possibilité, en schématisant vulgairement, pour chaque club de pouvoir déposer un recours (à la suite d'une expulsion entrainant un rapport d’arbitre ou tout simplement parce que l’équipe est mécontente de l’arbitrage) afin d’entamer une procédure disciplinaire à l’encontre d’un arbitre pour pouvoir forcer ce dernier à être suspendu et ne plus officier sur les rencontres du club en question pendant toute la durée de la procédure.

Comme exprimé plus haut, cela serait s’entrainer sur une pente plus que glissante remettant en doute le professionnalisme du corps arbitral helvète.

Cette décision est sans précédent dans le monde de la sphère orange, de par l’interférence criante du board d’une fédération sur les désignations des arbitres face à des pressions de clubs mettant ainsi à mal la neutralité pourtant demandée aux hommes en noirs.


Dans ce sens, nous alertons également sur le fait que cette situation se soit déroulée sur le parquet de Massagno.

Nous savons qu’à plusieurs reprises cette saison, le camp arbitral suisse s’est plaint auprès des responsables compétents (dont Erik Lehmann) au sujet de l’attitude de l’équipe tessinoise. Qui plus est, le statut du huis-clos permettait facilement de se rendre compte des nombreux incidents ayant eu lieu avec la formation tessinoise dont celui ayant généré toute cette affaire.

Nous nous lamentons donc que la situation n’ait pu être gérée en amont afin d’éviter ce genre de péripéties.


Une décision unilatérale qui heurte


Puis dans un deuxième temps, le Cinq Majeur ne peut que constater la vague de réactions que cette affaire a pu générer.

Nous avons joint tout type d’acteurs du basket suisse (dirigeants de clubs, membre d’Association Régionale, arbitres, joueurs, etc…) afin de sonder leur avis sur la question et le ressenti majoritaire qui ressort est celui d’un malaise patent et qui alerte au plus haut niveau.


Cette décision choque bon nombre de par son côté unilatéral, forcé et précipité mais également de par le contexte dans laquelle elle s’inscrit.

A moins d’un an des élections à la tête de Swiss Basketball, cette affaire vient cristalliser encore un peu plus les tensions pouvant exister entre les dirigeants de la fédération d’une part et les acteurs principaux du basket helvète, d’autre part, qui se sentent de plus en plus à l’écart des prises de décisions importantes.

De nombreux présidents de SBL nous ont réitéré leur pleine confiance dans le corps arbitral suisse et la nécessité d’avoir un climat le plus propice à l’impartialité et qui, à l’inverse, ne soit pas soumis aux pressions émanant de clubs, comme le laisse présager cette décision du Conseil d’Administration, largement contestée et dénoncée par ces derniers.


Comme énoncés dans le courrier adressé au conseil d’Administration, les faits reprochés sont graves, et le principal intéressé, Erik Lehmann, se retrouve au centre de la tempête pour une décision à laquelle il s’est rallié par la suite et surtout, pour en avoir potentiellement ignorer son invalidité.


Pour terminer sur une note optimiste, nous espérons que cette situation ne soit le fruit que d’une (énorme) erreur de jugement et d’un excès de zèle de la part du conseil d’Administration, comme le dit l’avocat représentant les quinze arbitres en toute fin de courrier.


Hasard du calendrier, la réponse de Swiss Basketball audit courrier est attendue en cette fin de semaine (11 juin, dernier délai)… date de l’assemblée annuelle de la fédération.


Cela sera peut-être l’opportunité pour la Fédération et les personnes impliquées de réagir sur cette polémique grandissante.


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