Nomination de G. Sergi au Béjart Ballet: les dessous d’un énième scandale à Swiss Basket

Mercredi 3 Août 2022, la nouvelle tombait à coup de dépêches dans la presse helvétique: Giancarlo Sergi était nommé Directeur Général du Béjart Ballet de Lausanne (BBL).

Quelques semaines seulement après avoir été ré-élu Président de Swiss Basketball pour un troisième mandat de suite, cette nomination vient semer un vent de surprise et d’étonnement sur la planète Swiss Basket.

Fraîchement reconduit à la tête de la fédération, cette nouvelle fonction qu’endossera Giancarlo Sergi à la rentrée prochaine jette un certain discrédit sur la dernière campagne présidentielle.

Le Cinq Majeur a enquêté pour faire la lumière sur cette nomination et les conséquences directes sur l’avenir du basketball suisse.

Giancarlo Sergi se retrouve au cœur de la tempête après sa récente nomination au BBL

« Le conseil de fondation du Béjart Ballet Lausanne a dégoté la perle rare dans le monde du sport: Giancarlo Sergi, président de Swiss Basket, a été nommé directeur général du BBL. »

Par ces quelques lignes, le prestigieux Béjart Ballet de Lausanne communiquait officiellement la nomination de l’actuel Président de Swiss Basketball qui assumera ses nouvelles fonctions à partir du 1er septembre prochain afin de chapeauter l’ensemble des activités de la troupe vaudoise qui avait subi une crise profonde en 2021 suite à une série d’audits révélant de nombreux dysfonctionnements en interne dont des accusations d’abus sexuels.

De cet audit déboucha la création d’un poste de directeur général, occupé donc désormais par Giancarlo Sergi.


UN TIMING & UNE ÉTHIQUE DOUTEUSE

Ainsi, le premier point de discorde dans cette nomination réside dans le timing de cette dernière quelques semaines seulement après la réélection de notre cher Président.

Dans ce sens, la présidente du Conseil de fondation du BBL, Solange Peters, confiait notamment à Keystone en Juin dernier que le processus d’engagement du directeur général avait été lancé rapidement après la délivrance du rapport d’audit en Octobre dernier.

À ce titre, le Cinq Majeur s’est donc renseigné auprès de sources proches du dossier selon lesquelles le recrutement aurait ainsi démarré il y a plusieurs mois pour l’ensemble des candidats.

Suite à cela, la société de chasseur de têtes aurait réalisé de nombreux entretiens avec deux candidats dont les profils semblaient les plus intéressants (dont celui de Giancarlo Sergi).

Et c’est bien là où le bât blesse car peu après sa nomination au Béjart Ballet, Giancarlo Sergi, à travers la communication sociale de Swiss Basketball, affirmait n’avoir été contacté que fin Mai pour le poste en question.


Cette incohérence dans le timing laisse ainsi planer un sérieux vent de suspicion sur la campagne présidentielle menée par le Président sortant.

Premièrement, les déclarations avancées par Giancarlo Sergi semblent très éloignées de la réalité et on conçoit mal que ce dernier n’eut été contacté que fin Mai pour un poste d’une telle envergure, comme ce dernier l’évoque publiquement.

Les différentes déclarations de la Présidente du conseil de Fondation du BBL ainsi que les divers témoignages recueillis par Le Cinq Majeur vont tous dans la même direction : le processus de recrutement aurait été mis en place bien en amont rendant de facto incohérente la version avancée par le Président Sergi.

Dans un deuxième temps, cette incohérence vient ouvrir un débat central sur l’éthique entourant la campagne présidentielle et les intentions du Président sortant.

Peut-on tolérer qu’un Président d’une institution aussi importante que Swiss Basketball puisse mener campagne pour sa propre réélection tout en étant engagé dans un processus avancé de recrutement pour un poste encore plus prestigieux et extrêmement chronophage ?

Qu’en est-il de la défense des intérêts de la Fédération suisse de basketball avec un Président en campagne et les yeux rivés sur une fonction prestigieuse dans une institution aussi renommée ?


UNE CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE TRONQUÉE

Fraîchement élu à la tête du Béjart Ballet, la légitimité de la dernière campagne présidentielle remportée par Mr Sergi semble soudainement remise en question.

Challengé pour la première fois depuis son intronisation en 2014 par un autre candidat, en l’occurrence Wilhelm Pfeifer, Giancarlo Sergi avait fait campagne avec la promesse d’un troisième mandat qui le verrait impliqué comme jamais justifiant ainsi la globalité de ses émoluments perçus dans le cadre de sa fonction qu’il revendique occupé à 100%.

À ce titre, Le Cinq Majeur a pu joindre certains délégués présents lors de l’Assemblée Générale de la fédération qui s’est déroulée le 11 Juin dernier.

Tous nous ont confirmé leur désillusion & incompréhension face à la récente nomination de Giancarlo Sergi et au timing douteux de cette dernière.

Un délégué nous a notamment confié que cette nomination remettait selon lui en cause « la légitimité de sa réélection. Si ce dernier avait été transparent dans ses démarches en cours avec le Ballet Béjart, il y a de fortes chances pour que le résultat de l’élection eut été différent. On a l’impression d’avoir été berné par un discours et des promesses de campagne que ce dernier ne pourra en aucun cas tenir avec ses nouvelles responsabilités au BBL. »

Nous ne pouvons malheureusement que partager ce constat par rapport aux promesses faites par Mr Sergi afin de briguer un troisième mandat de suite malgré les nombreuses critiques émises à son encontre vis-à-vis du bilan peu flatteur de son deuxième mandat.


Cependant, ce manque assez criant d’éthique peut être encore plus mis en exergue par le fait que certains délégués de Swiss Basketball auraient été déjà informés de la possibilité que Giancarlo Sergi puisse accéder rapidement à un emploi prestigieux.

Qu’en est-il du reste des votants qui n’ont pas eu la chance d’être dans la confidence d’une telle nouvelle ?

Peut-on supposer que le risque de perdre l’élection ait influencé la non communication d’une information aussi capitale quant à la future implication du Président de la fédération ?

Quoi qu’il en soit, Giancarlo Sergi remporta par la suite l’élection pour briguer un troisième mandat de suite. Mandat que ce dernier souhaite bien évidemment honorer malgré sa récente nomination suscitant de nouvelles interrogations sur la viabilité de ce cumul de mandats…


UN CUMUL DE MANDATS IMPOSSIBLE ?

« Bien entendu, je reste Président de Swiss Basketball. Afin de poursuivre mon travail au sein de la fédération, je commencerai donc avec un pourcentage réduit au BBC dès le 1er Septembre ».

Par ces quelques mots, Giancarlo Sergi indiquait via les réseaux sociaux de Swiss Basketball sa volonté de poursuivre son rôle de Président de la fédération en parallèle de ses nouvelles fonctions de Directeur Général du BBL.


Ce cumul de mandats nous laisse encore une fois extrêmement perplexe au regard du discours électoral prôné par Giancarlo Sergi pour sa propre réélection.

Argumentant une présence de tous les instants pour son troisième et dernier mandat, on imagine mal comment ce dernier pourra tenir ses promesses effectuées avec une nouvelle responsabilité aussi prestigieuse.

De plus, nos différentes sources proches du dossier nous ont toutes confirmé que son implication au sein du Ballet Béjart devrait rapidement se rapprocher d’un taux d’occupation proche du 100%.


Quid dès lors d’un cumul avec un rôle de Président de Swiss Basketball qui se veut également à 100 % ? (Ndlr : Giancarlo Sergi est également étudiant en école doctorale en gouvernance & éthique dans le sport)


Mais le plus incroyable dans cette affaire réside dans les dernières rumeurs dont nous avons eu écho.

En effet, dans une optique de cumul de mandats, certaines voix internes à Swiss Basketball prôneraient pour la création d’un poste de Directeur Général au sein de la Fédération en charge de la direction opérationnelle afin que Giancarlo Sergi ait un rôle revu à la baisse lui permettant ainsi de garder les deux casquettes.

Dans cette optique, ce dernier ne pourrait alors plus siéger au comité exécutif de la Fédération en étant plus que simple Président du Conseil d’administration.

Même si cette solution paraît alambiquée, elle apparaît dès lors comme un montage de dernière minute pour pouvoir maintenir Mr Sergi en place malgré sa récente nomination au BBL.

Même privé de sa rémunération en sa qualité de membre du comité exécutif, ce dernier continuerait ainsi de percevoir l’enveloppe allouée au Président de Swiss Basket pour ses fonctions de représentation en plus des 10% perçus sur l’apport annuel en sponsoring.

Face à cette éventualité d’un montage express, certains délégués ayant participés au vote pour la présidence le 11 Juin dernier nous confiaient leur mécontentement et leur incrédulité face à cette éventualité.

« Nous avons en effet entendu ces rumeurs qui ne seraient qu’un scandale de plus au sein de notre fédération. Comment peut-on essayer de mettre en place ce nouveau poste qui serait à l’opposé de ce que Mr Sergi nous a vendu lors de sa campagne présidentielle ? Énormément de délégués ont voté pour un certain discours et un programme qui ne pourra malheureusement pas être mis en action par ce dernier. La logique et surtout l’éthique voudrait que ce dernier renonce à une de ces deux fonctions. Le Président de Swiss Basketball se doit d’être impliqué à 300%. »


Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines nous donneront déjà de nouvelles indications sur la viabilité de la situation.

Le troisième mandat de Giancarlo Sergi ne pouvait malheureusement pas plus mal commencer avec cette nomination qui vient créer un climat de suspicion et un énième scandale au sein de la fédération.

Rajouté à cela le fiasco du CNBS au travers des résultats de l’équipe nationale U18 & la future non création de la section féminine du centre national qui était promis pour cette rentrée et vous avez là le portrait peu réjouissant d’un bateau à la dérive avec à sa tête un commandant près à naviguer vers d’autres flots …



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